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Une autre stratégie pour la gauche

  • Photo du rédacteur: Olivier Bétourné
    Olivier Bétourné
  • 2 juin
  • 4 min de lecture

     Les  méchants jeux de mots de Jean-Luc Mélenchon sont un poison pour la gauche. Aucune excuse à lui chercher, pas plus qu’on n’ aurait eu l’idée d’ en trouver  aux  « chambres à gaz  détail de l’histoire » selon Jean-Marie Le Pen. Et pour cette raison-là, les tergiversations de la direction du PS  sont un grand malheur pour son  camp. Au prétexte de sauver ou de conquérir telle ou telle mairie aux dernières municipales, elle aura  donc fermé les yeux sur l’infamie. Mais comment les héritiers de Jaurès et de Blum ont-ils pu se permettre d’insulter ainsi à  l’histoire du  parti dont ils ont la charge !

    Qu’on me comprenne bien. Je suis un défenseur  de toujours de la cause palestinienne, je me bats pour la reconnaissance  des droits des deux peuples : celui des Palestiniens à créer un Etat indépendant, celui des Israéliens à vivre à l’intérieur de frontières sûres et reconnues. Il est à mes yeux aussi ignoble que l’on massacre des familles juives  au nom de la prétendue illégitimité de l’Etat d’Israël que l’ on massacre la population civile de Gaza au nom de la traque d’un mouvement terroriste.

     C’est pourquoi  tous ceux  qui contribuent  à souffler sur les braises de la haine, je les regarde comme les complices des meurtriers. Et tous ceux qui s’emploient à faire prospérer leur  capital électoral sur cette violence séculaire ne méritent à mes yeux que le mépris.

     Pour autant,  je suis loin de partager l’idée que la haine de l’autre  serait brutalement passée de l’extrême droite à l’extrême gauche. Trop simple. Non pas  parce qu’à l’origine du Front national se trouvaient deux Waffen SS, quelques néo-nazis et plusieurs nostalgiques de l’OAS,  non pas parce que Jean-Marie Le Pen fut  condamné à six reprises pour antisémitisme, non pas seulement parce que Jordan Bardella, aujourd’hui,  ne voit absolument pas  ce qu’il y aurait  à reprocher en matière d’antisémitisme  au fondateur du FN,  mais d’abord  parce qu’au Rassemblement national,  la haine  de l’Arabe s’est tout simplement substituée à celle du Juif. Et que dans ces conditions, rien ne permet  d’affirmer   que le parti d’extrême droite « normalisé » de Marine Le Pen soit à l’abri d’un nouveau revirement au détriment du peuple-cible de la haine universelle. 

    Trop simple, donc,  et, pour cette raison même, fort suspect. Depuis quelque temps d’ailleurs, dans le nouveau contexte politique  nourri par les prises de position du chef de la France insoumise, les bons esprits  -qui « préfèrent  encore » le Rassemblement national à LFI- se font de plus en plus entendre. La direction actuelle du Parti Républicain, notamment,  regarde de ce côté-là des alliances. Que faire, à gauche, dans un tel contexte ? 

    D’abord, refuser fermement tout accord électoral ou de gouvernement avec les partis qui n’auraient  pas condamné les propos d’inspiration antisémite. Au risque de perdre en 2027 ? Oui, au risque de perdre les prochaines présidentielles … électoralement parlant. Mais quelle regain d’énergie promis  à  un  parti qui  renouerait ainsi  avec  son histoire et ses convictions profondes,  se montrerait  irréprochable sur le terrain des principes, reprendrait confiance  en lui  au point de  prétendre   s’imposer demain  à son concurrent populiste et d’accéder au pouvoir sans lui ! 

    Première étape sur le chemin : le parti socialiste  doit au plus tôt changer de  direction et accepter,  puisqu’il est exclu que la gauche désunie l’emporte en 2027,  de participer le moment venu à la formation d’une vaste alliance  associant le  centre,  la droite républicaine et ce qu’il est convenu d’appeler la gauche de gouvernement. Non pas pour cautionner une gestion conservatrice des affaires publiques,  mais pour tirer le meilleur parti du nécessaire front républicain face à la menace de l’extrême-droite. 

    Le meilleur parti, soit l’exact contraire  de l’opération  électoraliste de 2024. Entre les deux tours, une alliance d’opportunité entre  le Bloc central et la gauche unie avait  alors  permis d’endiguer la montée en puissance du RN et évité que la droite extrême n’obtienne la majorité absolue à l’Assemblée. Mais que s’est-il passé ensuite ? Eh bien  la droite extrême a poursuivi sa progression, et c’est ainsi que nous nous retrouvons, un avant la  présidentielle, à peu près dans la même situation qu’il y a deux ans. C’est pourquoi il faut changer de  stratégie.

    L’alliance  de désistement au bénéfice du candidat « républicain »  le mieux placé ne doit pas être nouée entre les deux tours de la présidentielle. Il s’agit au contraire de réfléchir dès maintenant au rapprochement des partis concernés, de tracer les grandes lignes d’un programme de gouvernement fondé sur  des concessions réciproques. A quel moment la négociation devra-t-elle s’engager ? En janvier au plus tard,  me semble-t-il,  lorsqu’il sera devenu évident que la gauche de gouvernement n’a aucune chance de porter l’un de ses candidats au deuxième tour de la présidentielle. A gauche, c’est ma conviction, la priorité dans la négociation devra être donnée  à la réduction des inégalités, à commencer par les criantes et scandaleuses inégalités fiscales fondées sur des privilèges d’un autre temps.  Si l’on n’y remédie pas, si les pouvoirs publics se laissent impressionner par les cris  récurrents des bénéficiaires de ces privilèges d’Ancien Régime -aussitôt, par exemple,  qu’une taxe Zucman est introduite dans le  débat politique-,  les économies budgétaires, pourtant indispensables,  demeureront lettre morte. Car le peuple ne consentira pas plus à l’impôt qu’à l’encadrement des prestations sociales si les privilèges fiscaux ne sont pas abolis, et cela, la droite et le centre sont parfaitement capables de  le comprendre : il sera d’ailleurs  toujours temps de les y aider s’ils font mine de rester sourds aux leçons de l’histoire. Autrement dit,  la France ne retrouvera ni ses marges  de manoeuvre ni son crédit  international tant que l’indispensable « révolution » fiscale ne sera pas accomplie. Et qui mieux que la gauche, héritière de la Révolution française, est capable de  mener l’affaire à bon port, quitte à installer un solide  rapport de forces avec ses partenaires de législature? 

    Alors peut-être, on veut le croire en tout cas,  rien ne s’opposera à ce que le crédit retrouvé  de la gauche socialiste  ouvre les portes du pouvoir à une alliance populaire dont elle sera redevenue l’épicentre et la force motrice.




1 commentaire


Daniele Rousselier
Daniele Rousselier
05 juin

Merci, Olivier, vraiment merci . Je partage totalement ton analyse et ta proposition.

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